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Société Auguste Vestris - « Précipiter une nouvelle ère poétique »
  Auguste Vestris


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« Précipiter une nouvelle ère poétique »
28 juin 2010

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Ce mois de juin 2010 marque le bicentenaire de la naissance de Robert Schumann. Vers 1834, dans la Neue Zeitschrift für Musik, le journal-manifeste des Davidsbuendler, il écrit :

« … dans la musique des origines, il n’ y eut à entendre que les simples attitudes de joie ou de douleur … Et même aujourd’hui, le moins connaisseur n’imagine pas qu’il puisse exister des affects plus précis, tant il lui est ardu de saisir l’art des maîtres les plus indépendants. Or, c’est en se plongeant dans les secrets de l’harmonie que l’on a pu exprimer les nuances les plus subtiles du sentiment. Nos principes (…) sont simples_ : - rappeler avec insistance l’époque ancienne [Bach] et ses œuvres, attirer l’attention sur le fait que ce n’est qu’en puisant à une source aussi pure que nous saurons créer de nouvelles beautés – et puis, il nous fait combattre [les productions du romantisme] comme [étant celles] d’une époque anti-artistique, puisqu’elles n’ont aucun objectif si ce n’est de pousser à une escalade de virtuosité superficielle – et finalement, il nous faut préparer et même précipiter, l’avènement d’une nouvelle ère poétique. »

Dans la danse, Vera Volkova (1901-1975) est l’apôtre indiscutable de cette nouvelle ère poétique tissée des « nuances les plus subtiles du sentiment » qu’appelait de ses vœux Schumann ; le legs de Volkova reste l’une de ces « sources pures » à laquelle puisera la danse classique de l’avenir.

Vera Volkova vers 1923 L’historien Achim Volinskii

Née à Saint Petersbourg, Volkova est la petite-nièce du poète et polémiste allemand Heinrich Heine. Elève de l’Institut Smolny, elle y apprend, en plus des disciplines académiques, une haute discipline morale et spirituelle. Dès l’âge de quinze ans, Volkova entre en contact avec Achim Volynskii (de son vrai nom Haim Flekser, 1861-1926).

Historien de l’art, spécialiste de la Renaissance italienne, Volynskii eut une influence fondamentale sur elle et sans doute aussi sur Lounatcharskii, Commissaire à l’Instruction entre octobre 1917 et 1929. La déroutante excentricité de Volynskii était aussi sa clairvoyance : le savant avait compris que la danse classique est l’art de la métaphore par excellence. Doté tant d’une détermination infrangible que d’une érudition stupéfiante, Volynskii galvanisa la pensée de tous ceux qui l’approchaient. Sans son intervention, il n’est pas certain que la danse classique eût survécu aux affres de la Révolution.

Aux côtés du danseur légendaire Nikolaï Legat, Volynskii, affrontant courageusement le désordre de l’Etat et les menaces qui pleuvaient de tous côtés, créa l’Ecole de ballet russe, théâtre d’essai d’un nouvel enseignement et d’un débat enflammé sur les questions morales qui pouvaient décider du sort de la Russie révolutionnaire. C’est là qu’Agrippina Vaganova – bien avant d’avoir systématisé sa pensée – expérimenta ses théories sur Volkova et sur un autre élève destiné à marquer l’histoire de l’art : Alexander Pouchkine, avant de revenir au Théâtre d’état académique, aujourd’hui de nouveau dit Théâtre Maryinskii.
Volynskii disparut en 1926, peut être assassiné – non sans avoir désigné Vera Volkova comme celle qui « porterait avant nos idéaux ». Elle ne tarda pas à quitter la Russie soviétique, d’abord pour la Chine aux côtés de Georges Gontcharov, ensuite pour l’Angleterre et le Danemark, et à devenir une pédagogue dont la réputation en Occident égalerait celle d’Agrippina Vaganova restée en Russie.

Entre 1928 et 1935, Volkova vécut à Shanghai. C’est là où la petite Peggy Hookham – plus connue sous son nom de scène « Margot Fonteyn » – rencontra Volkova pour la première fois. En 1936, Volkova émigra en Angleterre où Fonteyn devint sa disciple dans le studio de West Street, où se retrouvèrent aussi Diana Gould-Menuhin, Leo Kersley, Pamela May, Moira Shearer, Audrey Harman (qui nota tous ses cours pendant deux ans), Henry Danton ... Ils y acquirent non seulement la technique, mais un jugement percutant et sûr embrassant de nombreux domaines artistiques, qui leur permirent de créer des chefs d’œuvre comme ceux de Frederick Ashton, et notamment ses Symphonic Variations.

Sans doute est-ce la tournure scientifique d’esprit qu’elle avait observée chez Vaganova, qui incita Volkova à l’émuler par une recherche incessante. Dès son arrivée en Europe en 1937, Volkova se mit à fréquenter tous les studios de Londres, puis en 1939, ceux de Paris - Egorova, Preobrajenskaya, Boris Kniazeff … Devenue Directeur de la danse à La Scala en 1950, elle consulta les vieux professeurs et analysa tous les écrits de Carlo Blasis. A Milan, elle rédigea alors des notes destinées à fonder un curriculum pour l’école italienne. Une fois arrivée à Copenhague en octobre 1951, ce fut un grand élan d’expérimentation, au cours duquel elle allait forger une nouvelle école, basée à la fois sur les apports de Bournonville et sur ceux des maîtres russes d’antan.
Professeur au Théâtre royal, Volkova demeura au Danemark jusqu’à sa mort en 1975. Son rayonnement était international. Ainsi, de nombreux artistes très connus en France furent ses élèves – Wilfride Piollet, Juan Giuliano, Yvonne Cartier (...).

Pétrie de sens de responsabilité (« je ne puis permettre que les gens se blessent dans mon cours »), Volkova enseignait par l’image, inventant sans cesse un flot de métaphores qui lui permettait de susciter chez l’élève cette coïncidence de l’esthétique, de la technique et de l’éthique, où le Bien et le Beau deviennent inséparables.

Avec nos remerciements à Alexander Meinertz, biographe de Vera Volkova. Ses recherches originales ont permis la redaction des lignes ci-dessus.

K.L. Kanter